jeudi 28 août 2008

Useful

Autant dire que ça vaut pas la peine.
Quand la procrastination devient votre mode de vie, votre ligne de pensée, ça vaut plus la peine.

Faire cela pour ça. Accomplir ceci pour pouvoir arriver à ça.
Faire quelque chose tout simplement pour le faire; est-ce que ça arrive souvent? Est-ce que vous vous dites, lorsque vous accomplissez quelque chose, que vous le faites seulement pour le faire, seulement pour avoir la joie de faire cette chose, dans le seul but d'en jouir? Non. Impossible.

C'est tout simplement impossible.
On fait tous quelques choses pour d'autres quelques choses.

L'amour par exemple. On aime pour être heureux. On aime pour ne pas se sentir seul. On aime pour avoir confiance en soi. On aime pour baiser. On aime pour s'engueuler. On aime pour jouir. On aime pour bien paraître. Et on aime pour ne pas trop penser aux problèmes.

Qui aime pour aimer? Personne.

Personne, mis à part ceux qui s'aiment pour vrai. Ceux-là, ils s'aiment, pour s'aimer. Ce sont des âmes soeurs.

Des âmes soeurs, ce sont deux personnes qui sont authentiques l'un envers l'autre de la façon la plus extrême qui soit. Ils ne peuvent qu'être eux, sans faire semblant, et ils se connaissent sans se connaître.

Est-ce que ça existe? Non. Trouver son âme soeur, ça tient du miracle. On tend vers. C'est tout. Mais on peut se permettre d'arrondir.

lundi 18 août 2008

Mon blog

Vous conviendrai chers amis qu'il n'a pas plus inutile et prétentieux qu'un 'blog'. Qui peut se vanter d'avoir quelque chose à raconter, d'avoir une vie meilleure et plus intéressante que la masse? Qui peut bien penser que ses histoires, toutes aussi idiotes les unes que les autres, peuvent bien intéresser quelqu'un?

Intéresser quelqu'un au point de l'émouvoir. De faire s'arrêter cette personne quelques secondes, puis quelques minutes, puis qu'elle connecte avec vous l'espace d'un instant. Que cette personne pense les mêmes choses que vous, alors que vous écriviez les mots qui vous sortaient tous droits du coeur. Les mots que vous avez eu tant de mal à écrire, et que vous avez tant relus pour être sûr de les avoir dits de la bonne manière et dans le bon ordre.

Que cette personne soit émue par ce que vous dites, et qu'elle est enfin trouvé une personne qui pense comme elle, aux mêmes choses, et de la même manière. Qu'elle soit charmée, conquise, et surtout, intéressée. Intéressée par cet esprit, pour le moment complètement abstrait, qui la fascine et qui l'obsède complètement.

Je ne pense pas que ça existe. Et pourtant, je le fais pour cette raison, et je continue encore à écrire, n'importe quoi.

lundi 11 août 2008

Le mollusque gastropode

Même si j'avais envie de me promener sur le bord de l'eau encore quelques heures, quelque chose me disait que je devais rentrer au plus tôt. Le vent soufflait d'une façon étrange, et les vagues étaient plus foncées qu'à l'habitude. J'avais pour ainsi dire le pressentiment que quelque chose se tramait, que quelque chose grandissait. J'avais pourtant pris soin de bien prendre mes médicaments avant de partir pour cette marche, qui allait ma foi de mal en pis.

J'avais tout d'abord malencontreusement marché sur un escargot qui, après avoir été bousculé, m'a fait la moue durant de longues minutes. Ce n'est qu'après plusieurs tentatives que j'ai finalement réussi à me faire pardonner. Malgré tout, ce damné escargot s'est en allé avertir toute sa colonie, brisant du même coup la relation privilégiée que j'avais bâtie et que j'entretenais avec eux depuis des années.

Je fus ensuite surpris par une bande de vandales. S'ils avaient été empilés les uns sur les autres, ils auraient été assez nombreux pour former une très grande pyramide. Toujours est-il qu'ils se sont mis à me lancer du sable de manière à former une gigantesque tempête, aveuglant et tuant plusieurs personnes dans les environs. M'étant caché dans un trou, je sortis pour m'apercevoir qu'ils avaient tous péri dans la tempête qu'ils avaient eux-mêmes créée. L'ironie du sort me surpris quelques secondes, avant de finalement m'ennuyer au plus haut point.

J'avais toujours pensé qu'à un moment dans ma vie, j'aurais besoin d'un couteau. Et ce qui m'est arrivé ensuite m'a convaincu que mes suppositions antérieures étaient exactes. En effet, à peine avais-je terminer d'enterrer les derniers corps de ces bandits qu'un ours, de la hauteur d'au moins la plus grande tour que j'avais vue dans ma vie, était devant moi, à me regarder d'un air qui ferait tomber raide mort le plus courageux des courageux. Je le regardai dans les yeux pendant un long moment, avant de m'endormir. Puis je me réveillai, et je le regardai encore pendant un long moment. Je fus surpris de voir qu'il me dévisageait, immobile, comme s'il cherchait quelque chose. Puis, enfin, je sortis mon couteau. Ce geste fût non sans douleur puisque je l'avais caché à l'intérieur de ma cuisse, et le retirer fût davantage pénible que je le prévoyais. Toujours est-il que l'ours se mit alors en boule, avant d'éclater en sanglots. Même si je lui promis que ce couteau ne servait qu'à me couper moi-même, il n'arrêta pas pour autant de sanglotter. J'allai m'asseoir près de lui, et il se blottit alors dans le creux de mes reins, avant de s'endormir profondément. Après quelques heures, je le réveillai pour qu'il enlève les griffes de ma peau qui commençait sérieusement à me blesser, puis je partis.



à suivre...

mercredi 6 août 2008

Harold

J’avais à peine eu le temps de redescendre de l’échelle que ma femme m’agrippait déjà par la ceinture pour m’obliger à installer le nouvel appareil minceur qu’elle s’était acheté par téléphone, fabriqué et expédié directement d’une usine utilisant les dernières technologies en matière de santé et de conditionnement physique. En effet, l'usine avait été complètement rénovée et mise à neuf après le terrible incendie qui avait tué tous les travailleurs présents, la plupart vivant dans le nord de la ville d’Aurangabad, en Inde.

Je me souviens encore lorsqu’elle était au téléphone en train de se faire convaincre que cet appareil était fabriqué exclusivement pour son genre de problème. Enfin, c’est ce que j’ai supposé, même si elle ne semblait pas comprendre un traitre mot de ce que le vendeur lui disait, feuilletant son dictionnaire allemand-français tout en tenant le combiné avec son épaule.

Après quelques jours de travail, je finis de niveler le terrain et d’installer les dernières charpentes de son exerciseur. Je l’entendis alors, de la cuisine, parler au téléphone avec un bel homme, dans la quarantaine, grand et bien membré. Elle riait aux éclats et murmurait des mots dans un allemand ma foi fort respectable. Après avoir ramassé tous les morceaux de plafond trainant autour de l’appareil, je sortis prendre l’air.

Je revins le lendemain matin, sans soulier et sans chemise. Ma femme était sur le balcon, entourée de quelques personnes dont je ne connaissais pas le nom. La plupart des gens présents avaient l’air gentil, à l’exception de peut-être un ou deux. Je décidai de les accueillir comme il se doit en m’agenouillant devant eux, encore un peu flou à cause de la veille. Mes genoux craquèrent si fort qu'ils se retournèrent tous vers moi, essayant tant bien que mal de m’apercevoir à travers les arbustes qu’il y avait devant ce fossé. Deux personnes qui ne ressemblaient pas du tout à des membres de ma famille ou à celle de ma douce vinrent me chercher, essayant de ne pas s’agenouiller eux aussi, de peur de trop se salir.

Ma très chère fleur du printemps vint près de moi pour s’assurer que j’allais bien, criant et répétant qu’elle avait eu très peur de me perdre à jamais, et que je ne lui avait pas laissé assez d’argent pour les différents solliciteurs qui passaient durant la journée. En tentant de m’aider à me relever, elle fit glisser mon portefeuille hors de mon pantalon avant de le ramasser de justesse évitant ainsi qu’il tombe dans la boue. Son pied glissa ensuite sur l’asphalte et vint s’arrêter directement en haut de mes deux cuisses.

Quelques années plus tard, je fus pris d’une peine sans nom lorsqu’on m’annonça la mort de ma tendre biche. Elle vivait depuis trois ans dans une petite ville au nord de l’Allemagne et elle avait péri dans un accident de train, tuant du même coup mes pauvres enfants, le petit Emmerich et la mignonne Griselda. Même si je savais qu’elle m’aimait encore, j’aurais aimé la voir une dernière fois pour lui dire qu’elle était bel et bien la femme de ma vie. J’avais été un peu dur avec elle, et je me sentais coupable. Je pris donc un billet de train en direction de Pékin. Durant le trajet, j’allai porter une bouteille de whisky bon marché au chauffeur en le suppliant de faire dérailler le train dans le but de rendre hommage à ma femme.

Quelques semaines plus tard, comme cela avait été convenu, on m’emmena devant un grand monsieur qui n’arrêtait pas de me demander de jurer, ce à quoi je répondais que je ne jurais jamais, de peur d’aller en enfer. Ayant promis d’essayer de dire toute la vérité, je fus libéré sur parole.

Depuis ce jour, je fuis le bloc communiste et ses pays baltes, cette terre hostile qui m’a pris ma femme et mes enfants.