vendredi 30 juillet 2010

Les étreintes

«Je lui ai pris le bras pour la consoler, doucement. Je ne voulais pas qu'elle sèche ses pleurs trop vite, qu'elle brise cette si belle ambiance, tout à mon avantage, en héros qu'elle m'avait fait, dans le reflet de sa fenêtre, le regard ténébreux, réconfortant, sombre et mystérieux, comme j'ai toujours voulu.

Je la prenais dans mes nuages pour l'aimer, lui dire tous les mots d'amour qu'elle n'avait jamais entendus, même les plus beaux, lui mettre la main sur le dos, mais toute la main je veux dire, pour vrai, puis lui sourire, innocent de toute cette sexualité grisante, immorale, et pornographique. Mes doigts dans sa bouche, ma main sur son cou, seulement pour la diriger, pour qu'elle sache ce que je veux, ce dont j'ai envie, sa langue entre mes phalanges, âprement mouillées, le souffle court, ma main de plus en plus crispée, seulement pour qu'elle comprenne, qu'elle acquiesce, ne se pose pas de question. Pour qu'elle obéisse, et que je la sauve de son chagrin, qu'elle arrête de pleurnicher comme une fille qui ne mérite rien d'autre qu'une bonne leçon.

Rien à voir avec les étreintes d'une femme dans la mer. Comme je ne voulais plus la voir, elle s'est essuyée les cuisses, a fumé une cigarette couchée à mes côtés, puis elle est parti, du sel sur les joues.»



extrait de Lüri Sanchez Untitled Script

jeudi 22 juillet 2010

Le choix de porcelaine

Pourquoi faudrait-il choisir? Qu'ai-je donc qui demande tant de réflexions, qui génère tant de circonstances atténuantes, et qui rejète l'idée de la nudité volontaire?

Oui, j'ai fait ma demande. Je lui ai demandé, après notre diner, l'autre jour, sous un soleil de plomb (Dieu qu'il faisait chaud) avec le bruit de l'eau qui nous rappelait sans nuance combien nous avions tenu à être à cet endroit précis, à ce moment précis, sous ce soleil de plomb avec ce diner.

Bref, de mon plus beau sourire, avec ma voix la plus profonde et la plus grave possible, je lui ai demandé. Simplement, et joliment, sans pour autant être trop simple, juste assez compliqué, mais assez facile à cerner, pour pouvoir résonner le plus vite possible, et rouler les yeux de bonheur, l'âme en paix et soulagée de tout ce mystère d'attente et de soupçons. Elle n'a pas souris tout de suite. Elle a finit sa gorgée de vin rouge, une bouteille achetée pour l'occasion, un brin corsé, une belle robe, presque mauve, grattant sur le palais l'air de dire qu'il ne veut pas être bu. Elle m'a regardé, a mis sa main sur ma joue (c'était le début de la fin) et elle a détourné la tête.

Elle ne savait pas. En fait, elle ne voulait pas savoir. Ou se demander si.

J'étais brisé. Comme ce fracas qu'on entend une fois la barrière franchie, le moment où consciemment, on accepte l'humiliation, celle de rester devant sa honte, les yeux au sol, la salive de trop, le coeur en miettes, qui battent toutes selon leur propre rythme.

J'ai acheté un grand cercueil, je m'y suis installé, avec mon coeur de porcelaine, puis, avec une dernière respiration (qui sentait la fraise), j'ai dévalé la chute, celle de tous mes remords, pour ne plus y penser, à elle, à tous ces appartements, ces coups de reins dans le vide et ces mains qui s'emboîtent, j'ai tout envoyé se faire foutre, pour le bien du Seigneur. Amen.

Je suis mort, l'histoire, et la façade.

jeudi 15 juillet 2010

Post-

C'est l'heure. Je me lève, après quelques minutes. Je remonte mes pantalons, je lui arrache mon chandail des mains. Elle bouge un peu. Ne se réveille pas. Je prends mes clés sur la table, ça fait du bruit. J'ouvre la porte et je sens l'odeur qui m'avait manquée durant la nuit, sèche et collante. Je me colle contre le mur de brique qui l'abrite, on se l'échange. Je l'abrite parfois aussi. Je sentais ses lèvres sur moi, à bout de souffle pour me réveiller, ne pas me laisser dormir, elle s'épuise. Je la soulève sans qu'elle ne s'y attend, je lui montre ce dont je suis capable, sans ouvrir la bouche, ou les yeux, seulement mes mains lui parlent, dans le noir artificiel des maritimes, près du sel, en entendant la vague, sans toucher à celle dont je rêve, je me suis fais prendre à mon propre jeu, le retour des passants, dans la dèche, armés de croyants, si peu nombreux. Sans espace, comme toujours...

vendredi 9 juillet 2010

Tu as de belles jambes.

Je n'aime pas vraiment les gens. Et ils me le rendent bien. J'ai donc ce que je mérite, la plupart du temps. Mais parfois, c'est du hasard. Et je crois pas vraiment au hasard.

J'étais au parc, assis près du lac-étang, en train de faire semblant de lire, du Jardin bien sûr, pour faire romantique. Toujours est-il que j'observe, et je m'aventure parfois même à jeter des regards, qui sont bien sûr à sens unique, tout en tournant une page de temps à autre. Une fille vient s'asseoir près de moi. Les cheveux longs, pâles, et naturels, le teint beige, presque rose, les cuisses douces au regard. J'ose penser qu'elle m'a remarqué, moi et mon bouquin, et mon air mystérieux de celui qui connaît le coin, qui vient toujours lire, le soir, sur le bord du lac-étang, parce que ça le relaxe, et qu'il a besoin de penser à des choses. Des choses dont je suis le seul à penser, ce qui fait de moi une personne unique (même si tout le monde reste unique), mais je veux dire vraiment unique, et qu'elle saurait me découvrir peu à peu dans un tourbillon d'amour qui nous emporterait en lyrisme descriptible que par nous et nous seuls, âmes soeurs de regards et de mains sur le bas du dos, jusqu'en haut en appuyant de chaque côté de la colonne, pour la faire frissonner, et finir par ses hanches, du bout des doigts, pour la préparer à la gourmandise égoïste et violente de mes mains...

Bref, je pensais qu'elle venait me rendre mon regard, mais je me trompais. Elle venait simplement lire près de l'endroit que j'avais pris tant de temps à choisir, qui était donc le meilleur.

Peu de temps après les convenances d'inconnus à proximité, un gars, pas bien plus vieux, peut-être un peu plus grand, mais sans plus, commence à parler à cette fille. Comme s'il la connaissait. Sans tout entendre, j'essaie de tendre l'oreille, pour voir, pour peut-être même apprendre.

Au ton, je sens une réticence de la fille, comme si elle ne voulait pas se faire aborder, et qu'elle voulait continuer à lire son putain de livre, surtout qu'elle avait réussi à être à l'aise, avec cette proximité d'inconnus, comme une petite famille temporaire, régie par des règles invisibles. Ce gars venait de briser cet équilibre qui prend quand même du temps à s'établir, et elle aurait à tout recommencer, lorsqu'il se déciderait finalement à partir. Moi, en tout cas, ça m'inquiétait.

Plus j'écoutais, et plus je tournais les pages de mon livre rapidement. J'étais prêt. Prêt à réagir en cas de détresse. Prêt à tout pour ma voisine de terrain, cette personne qui était devenue ma coéquipière de la soirée. Sans le savoir, nous nous étions juré fidélité, et avions promis de nous protéger quoi qu'il arrive, puisque nous avions au moins un point en commun (ce qui est presque incroyable de nos jours); venir lire assis en indien le soir près du lac-étang.

Lorsqu'il s'est décidé à partir, j'ai vu. L'échange de papiers à été bref, mais il a eu lieu. Elle venait de rompre, avec moi. Cette si belle relation que nous avions bâtie, ensemble, près de l'eau, presque sans soleil, les pages que nous tournions parfois en même temps, ce seul mais combien important sourire, lorsqu'elle s'assit et que je lui indiquai par un bref signe de tête que nous passerions la soirée ensemble, tout près l'un de l'autre, à lire, tout simplement, tout ça, elle l'avait jeté, craché. Elle m'avait trompé avec un autre, un autre qui ne lit même pas sur le bord du lac-étang, un autre qui ne connaît probablement rien à Jardin, un autre qui n'a pas pensé une minute que je tenais à cette fille, et qu'elle était à moi, pour la soirée.

Je suis parti, quelque part dans les instants qui suivirent, avec mon livre, et mes sourires. Elle est restée, seule, et elle s'est mariée, quelques mois plus tard.

dimanche 4 juillet 2010

Portuguaise

Vous tous, mes chers chers lecteurs, à qui je dois tout, et sans qui je n'ai rien, sachez qu'un nouveau pas à été gravé dans la mer. Et ni les vagues ni les remous ne viendront à bout de ces traces.

Pour tout vous dire, car je ne peux rien vous cacher, je viens de m'acheter une petite villa dans une campagne verdâtre et naturelle. Je rêvais de cet endroit depuis longtemps pour y amener mes conquêtes, et ainsi pouvoir les laisser jouir en toute liberté. Montréal, c'est bien, mais sans voisin, c'est mieux, car le bruit de certaines avait raison du peu de bonnes relations que j'entretenais avec mon voisinage. En forêt, même si j'ai cru remarqué que les animaux qui avait élu domicile sur ma terre avaient tous levé le camp depuis mon arrivée, je ne semble déranger personne, même avec celles dont les couinements réussissent à faire décoller la peinture. Est-ce ma faute, ou la leur? Je ne saurais le dire. Mais ceci est un autre débat.

Toujours est-il que j'ai défriché moi-même cette terre qui m'a été léguée par mon grand-père, décédé depuis maintenant 10 ans, Dieu ait son âme. J'y ai planté des fleurs, retourné la terre, arraché les mauvaises herbes et ramassé les brindilles. Puis j'y ai construit le plus beau chalet de bois qu'on peut imaginer.

Le chalet n'est composé que d'une pièce en fait. Un grand espace, tout blanc, sur un plancher de bois, foncé. Au milieu, j'y ai mis un grand lit, avec des draps et une grande couette chaude et lourde. C'est ça, mon chalet. Bien sûr, il y a un coin pour les activités obligées et l'eau courante, mais le lit est tout à fait le centre d'attraction.

Quand la belle vient me rejoindre, je n'ai qu'à ouvrir la porte, laisser tomber mon manteau, lui arracher le sien, puis je l'amène sur le lit, sans obstacle pour se diriger, en l'embrassant, les yeux fermés bien sûr. Je suis devenu assez bon, et je réussis même à lui faire faire plusieurs tours, toujours les yeux fermés, en la tenant sur moi, mon bras sous ses fesses, avant de tomber sur les couvertures, déjà ouvertes et prêtes aux empoignades effrénées et incontrôlables.

Je vous prépare l'accomplissement mes amis. Un des. Je pense que je suis prêt. Mais c'est foncé, ce qui s'en vient.